Retrouvez le discours prononcé par M. Le Compagnon lors de la cérémonie commémorative du 11 novembre 1918

Centenaire de la victoire du 11 novembre 1918

 L’armistice du 11 novembre 1918 a pris effet la 11ème heure du onzième jour du onzième mois de la 4ème année de la 1ère guerre mondiale.

Je ne reviens pas sur les combats horribles qui se sont déroulés durant ces 4 années. 18 millions de morts, 20 millions de blessés, un bilan sans précédents dans l’histoire des guerres, qui fait que toutes les communes de France auront été touchées par le décès d’un citoyen. C’est son universalité sur le sol français qui fait qu’elle aura été appelée la « Grande Guerre ».

Après la guerre de 1870, issue du poids croissant du nationalisme allemand, où Bismarck rêve d’unification, la première guerre mondiale éclatera, elle aussi, suite aux fortes tensions entre les nombreux groupes nationalistes dans les Balkans.

Malgré la création de la Société des Nations, lors de la conférence de Paris en 1919 qui avait pour but de créer un nouveau cadre pour les relations internationales et préserver le principe de sécurité collective, l’Allemagne quitte cette organisation en 1933, considérant que l’égalité des droits entre nations n’est pas respectée.

La grande dépression de 1929, liée à la crise boursière de New York, conduira à une explosion du chômage en Europe. L’industrie s’effondre. Cette crise économique ajoutée au renversement des régimes en Allemagne et en Russie favorise le développement de régimes totalitaires ou fascistes ; et l’on sait ce qu’il adviendra après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, et Benito Mussolini.

Ce que l’on entendait en 1919 dans le peuple de France, avec cette « der des der » ; cet espoir tant souhaité, n’aura duré que 27 ans, le temps de faire disparaitre une partie des ruines accumulées en 4 années.

La guerre de 1870, celle de 14-18, puis celle de 39-45, ont marqué notre histoire. Elles ont marqué plusieurs générations de femmes et d’hommes. Malgré les efforts consentis pour garder la mémoire de ce passé, ce qui fait que nous sommes là aujourd’hui, qu’en est-il maintenant de notre sentiment

Pour mettre fin à ces guerres qui ont ensanglanté le continent, a été créée l’Union Européenne. A partir de 1950, la Communauté européenne du charbon et de l’acier, regroupera 6 pays fondateurs (la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays Bas). En 1957 le traité de Rome institue la Communauté Economique Européenne (CEE)

Il faudra attendre 1962 pour que deux hommes, le général de Gaulle président français, et le chancelier allemand Konrad Adenauer, décident un rapprochement de leurs deux pays. Reims, occupée durant la guerre de 1870, martyre durant la guerre 14-18, lieu de reddition de l’armée allemande le 7 mai 1945, sera le lieu symbole de cette réconciliation.

Entre 1970 et 1979, la Communauté s’étend au Danemark, à l’Islande, et au Royaume-Uni alors que les derniers régimes dictatoriaux s’éteignent au Portugal (Salazar) et en Espagne (Franco). La chute du mur de Berlin en 1989, et la réunification allemande en 1990 marquent la fin de la guerre froide Est/Ouest.

Avec la libre circulation des biens, des services, des personnes, et des capitaux, c’est l’avènement du marché unique en 1993. L’Europe compte aujourd’hui 28 états membres représentant 510 millions d’habitants, ayant une même monnaie, et représentant une force économique, seule, à même de concurrencer les marchés américains ou asiatiques.

La mise en œuvre de l’Europe, à l’échelle d’un être, est extrêmement longue, mais reste un modèle d’organisation humaine, imparfaite, mais qui a permis à une génération née en 1945, dont je fais partie, de ne pas avoir connu de guerre sur le sol français.

L’union politique, fiscale, et de défense reste à faire. Si nous voulons survivre, face aux géants américains et chinois, c’est notre seule issue. L’Euro est un réel atout; la libre circulation même si elle crée ici ou là des tensions (je pense au syndrome du plombier polonais), nous reste favorable. Lorsque nous circulons en Europe, nous sommes à même de constater les effets du développement économique qu’aura généré l’Union Européenne.

Nous sommes unanimes à porter des critiques sur cette Europe imparfaite, où bureaucratie, et poids des normes nous insupporte. Tout cela doit s’améliorer au profit d’un rapprochement vers le citoyen.

La question migratoire, non résolue à ce jour, cristallise les populismes de tous bords, et les combats gauche/droite ne sont plus de mise. Cette question sera au centre des prochaines élections. Michel ROCARD disait : » la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa juste part ». L’affrontement des européens convaincus face aux souverainistes est inéluctable, et certains électeurs pourraient être attirés par des solutions simplistes, inefficaces voire dangereuses.

La raison voudrait que l’aide de l’Europe aux pays africains soit abondée pour y développer agriculture, industrie et commerce, et limiter ainsi les départs de population uniquement motivés par des raisons économiques et sociales. Cela représente aujourd’hui 70% des demandes d’asile. Il faut aussi que les pays africains soient plus impliqués pour lutter contre ces départs de population. Que par ailleurs, les vrais migrants humanitaires soient répartis en Europe, et leur accès traité avec rapidité et humanité.

Enfin, n’oublions pas que, même s’il n’y a plus de volonté hégémoniste parmi les 28 états membres, le conflit en Ukraine avec l’annexion de la Crimée par la Russie, se passe à notre porte. Enfin, il ne faut pas être diplomate, pour se rendre compte de la stratégie des Etats-Unis qui cherchent à faire éclater l’Union Européenne, pour des raisons strictement économiques.

Alors, le 26 mai prochain, nous aurons à élire nos représentants au Parlement Européen. Il ne tient qu’à nous que l’Europe évolue, qu’elle se rapproche du citoyen, qu’elle soit plus concrète, plus solidaire, que les sujets primordiaux comme la défense, la sécurité ou l’environnement soient traités avec détermination, pour que les générations qui nous suivent n’aient pas honte de nous, et puissent avoir, comme ma génération l’a eu, l’assurance d’une vie sans conflit.

Pour cela permettez-moi de formuler un vœu, aujourd’hui, cent ans après l’armistice du 11 novembre 1918 : que le 26 mai prochain, les français votent massivement pour élire nos représentants au Parlement européen, et qu’ils choisissent des femmes et des hommes, inspirés par les mêmes motivations qu’ont défendu le général de Gaulle, Jean Monnet ou  Robert Schumann, convaincus des bienfaits de cette institution.

Vive l’Europe, Vive la République, et vive la France.

 

 

 

 

 

 

 

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